Sandor Toth tient un pub dans un petit village vallonné du nord-est de la Hongrie depuis 43 ans. Il a été témoin de l'effondrement du communisme et, depuis 2010, des quatre victoires du député du parti nationaliste Fidesz de Viktor Orban dans sa circonscription.
Sandor Toth, qui est âgé de 72 ans, a voté pour le Fidesz à chaque élection.
Depuis l'an dernier, son pub a reçu 3 millions de forints (7.860 euros) de subventions dans le cadre du "programme des pubs" de Viktor Orban, ce qui lui a permis d'installer de nouvelles fenêtres et la climatisation dans son établissement. Des centaines de pubs ont bénéficié de ces aides publiques gratuites, puisque, selon le slogan du gouvernement, ils sont "l'âme des villages".
Les zones rurales défavorisées restent un bastion clé du Fidesz, parti nationaliste et conservateur au pouvoir, en partie grâce à des projets financés par les autorités locales contrôlées par le parti. Dans beaucoup d'endroits, le Fidesz est synonyme de l'Etat, qui fournit de l'argent et des emplois.
Les alliés du parti contrôlent également une grande partie des médias privés, tandis que les médias publics servent largement de porte-parole au gouvernement. Le gouvernement de Viktor Orban rejette les accusations d'atteinte à la liberté de la presse.
LA PLUS DIFFICILE CAMPAGNE DE RÉÉLECTION EN 16 ANS
Le discours nationaliste de Viktor Orban, qui met en avant les "intérêts hongrois" face à l'Union européenne ou rejette l'aide financière à l'Ukraine, séduit les électeurs plus âgés et conservateurs des zones rurales.
Alors que le dirigeant chevronné est confronté à sa campagne de réélection la plus difficile en 16 ans avant le scrutin du 12 avril, la Hongrie rurale redevient le principal champ de bataille, alors que 88 des 106 circonscriptions sont situées hors des villes. Au Parlement, 106 des 199 sièges sont attribués par ces circonscriptions.
Tout en tirant une pinte de bière à la griotte, Sandor Toth estime que la plupart des habitants de son village de Malyinka, qui compte environ 450 habitants, soutiendront à nouveau Viktor Orban.
"Je pense qu'ici, en général, les gens votent pour le Fidesz car il aide les retraités et aussi les jeunes", dit-il, ajoutant que "tous les partis" n'auraient pas accordé aux pubs les aides dont il a bénéficié.
Avec ses souvenirs accrochés aux murs et un juke-box, le pub Sanyi de Sandor Toth est devenu "l'âme du village" de Malyinka, bénéficiant d'un emplacement stratégique à côté du terrain de football et d'une licence pour vendre du tabac.
"Le village, notre lien direct avec la nature, la terre… ce sont des éléments essentiels de la vie humaine qu'il faut préserver", a déclaré Viktor Orban lors d'un discours de campagne en janvier.
Dans la circonscription qui comprend Malyinka et 81 autres villages, le candidat du Fidesz, Zoltan Demeter, avait remporté les élections de 2022 avec plus de 54% des voix.
Cette fois, le parti fait face à un défi plus difficile.
L'OPPOSITION PROGRESSE EN ZONE RURALE
Le principal adversaire du Fidesz est le parti de centre-droit Tisza, fondé en 2024 et dirigé par Peter Magyar, autrefois inspiré par Viktor Orban mais désormais déterminé à le déloger du poste de Premier ministre.
Les sondages montrent que Tisza est globalement en tête au niveau national, même si de nombreux électeurs restent indécis.
Selon un sondage réalisé début mars par l'institut 21 Research Institute, Tisza a consolidé sa forte avance sur le Fidesz chez les moins de 50 ans, tandis que le Fidesz reste en tête chez les plus de 65 ans.
Tisza a intensifié sa campagne dans les zones rurales, cherchant à lutter contre un héritage de 16 ans où les partis d'opposition ont échoué à offrir une alternative viable au Fidesz.
Peter Magyar parcourt les villes et les villages depuis deux ans, promettant des emplois, des routes et de meilleurs services de santé. À l'approche du scrutin, il organise chaque jour des événements de campagne dans cinq à six localités différentes.
Selon l'institut 21 Research, le Fidesz recueille 37% des intentions de vote dans les villages, contre 33% pour Tisza.
"L'ambiance dans les petites villes et les villages est différente de celle des élections précédentes, où le public se désintéressait rapidement des événements électoraux. Aujourd'hui, les gens viennent écouter ce que Peter Magyar a à dire", note Eurasia Group, estimant que le candidat progresse dans les circonscriptions rurales.
Le candidat local du Tisza et ses bénévoles font du porte-à-porte dans les villages de la circonscription de Sandor Toth, soutenant la rénovation des routes et l'amélioration des services de santé et des écoles.
"C'est essentiel. Je pense que cela a cruellement manqué lors des campagnes précédentes: nous devons aller dans chaque rue", a déclaré Csaba Hatala-Orosz, candidat du Tisza.
"Nous pouvons promettre de soutenir les petites et moyennes entreprises locales, de reconstruire les routes... Je travaille sur le terrain ici depuis près de deux ans, j'ai appris à connaître ces 82 villages et j'y ai mis toute mon âme."
(Reportage Krisztina Than et Krisztina Fenyo, version française Elena Smirnova, édité par Camille Raynaud)

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